Vendredi 118 : récit d’un Hirak avorté, et d’une répression assumée

Il était Midi quand nous nous sommes rencontrés à Alger, 5 journalistes de différents bords, Casbah Tribune, Radio M, le soir d’Algérie, Algérie 360, dans un des bureaux desdits médias.  L’objectif ; couvrir le Hirak, mais une question était dans toutes nos têtes, avant qu’elle ne se retrouve, poussée par le souvenir du vendredi dernier, sur toutes nos lèvres : Est-ce qu’il y aura un Hirak ?

A peine avons-nous mis les pieds dehors, et nous avions déjà un début de réponse à notre question, tout comme le vendredi passé du Hirak 117, les rues algéroises étaient peintes couleur bleu, le bleu des éléments de la police, de la DGSN, des casques ‘’bleus’’, il y avait aussi du noir, celui des brigades d’intervention spéciales, et de leur 4*4 fantomatique, des civils aussi, beaucoup de civils, pour certains fusils à pompe à la main, du style Armtac, lanceur de bombes lacrymogène.

De Didouche à la place l’Emir, nous avons du rencontrer une demi douzaine de check-point, mais à chaque fois nous avons été relâchés, et les policiers étaient très respectueux jusque la.

Après un tour presque complet du centre d’Alger, il était très facile de constater la volonté féroce de prévenir l’arrivée des manifestants, d’ailleurs, fait marquant de ce vendredi 118, encore plus que le vendredi 117, tous les accès vers la capitale étaient bloqués, un affinage drastique a été opéré, le trafic ferroviaire a même été arrêté pour cette journée, officiellement : pour cause de travaux.

Impossible d’accéder au centre à partir de la place premier mai, ni de Bab el Oued, sur les grands axes routiers, menant vers le point névralgique, la vérification était « à l’unité » et si tu n’habites pas le centre, tu passes ton chemin.

14h, Aucune activité sur l’horizon, si ce n’est celle de la force publique, mais dans l’air flottait comme un semblant de Hirak éparpillé, blessé, empêché.

14h23, se retrouve en face de la fac centrale : l’avocat Mustapha Bouchachi, l’économiste connu Smail Lalmas, et le chef du parti du RCD (rassemblement pour la culture et la démocratie) Mohcine Belabbas, ainsi qu’une dizaine d’avocats, aussitôt ce petit groupe se forma, plusieurs élément de la DGSN sont arrivés, et ont commencé à disperser le groupe, les avocats ne veulent pas, ils persistent, ils dénoncent, et ils invoquent le droit constitutionnel à pouvoir manifester.

Notre journaliste a même été ‘’arraché’’ de l’interview qu’il était en train de faire avec l’homme de droit Mustapha Bouchachi, il sera relaché plus-tard.  la question de l’interview : est ce que le gouvernement a le droit d’empêcher les citoyens de manifester ?

En supériorité numérique écrasante, les forces de l’ordre ont rapidement libéré les lieux.

Témoin de la scène des avocats voulant faire parler leurs droits en face d’une police décidée à faire parler la force de ses droits sur le peuple.. un jeune homme s’aventura à scander haut et fort : « dawla madania mashi askaria » ( état civil et non militaire) il se retrouva par terre en quelque secondes, avec une brutalité inouïe de la part d’un agent des brigades d’intervention, lequel, accompagna le malheureux vers sa nouvelle destination : « la galoufa » pour qu’il retrouve plusieurs personnes qui ont été elles aussi arrêtées à ce moment la, l’objectif de la police était très claire, empêcher même un soupçon, même une prémisse, même un espoir d’un Hirak 118.