Sarbacane, la radio qu’on veut faire taire

Le fondateur de la radio web Sarbacane à Constantine, Abdelkrim Zeghileche est devenu la cible des autorités locales dans la région de Constantine. Pleinement engagé dans l’opposition politique dans le cadre du Mouvement Mouwatana, le journaliste subit, depuis quelques mois, toute sorte de pressions et intimidations en raison de ses activités politiques et journalistiques.

En faisant de sa radio, créée en 2012, une espace de débat et une tribune pour l’opposition politique, le journaliste s’attire les foudres des autorités. Le 30 octobre 2018, la police l’arrête près de chez lui et le présente au procureur de la République près le tribunal de Constantine suite à une plainte pour diffamation déposée contre lui par un activiste du mouvement associatif de la wilaya de Constantine. Contre toute attente, le procureur place Abdelkrim Zeghileche en détention préventive. Son procès s’est tenu le 13 novembre, en présence d’une armada d’avocats qui s’est constituée pour le défendre.

Arrêté pour une simple affaire de diffamation, Abdelkrim Zeghileche se retrouve accusé d’ « atteinte à un fonctionnaire en exercice » et « d’atteinte à la vie privée ».

Les deux derniers chefs d’inculpation ont été, heureusement, abandonnées par la justice.

Le 27 du même mois, la justice condamne le journaliste à deux mois de prison avec sursis. Théoriquement, il devait quitter la prison, mais pas dans les faits. Et pour cause : le juge d’instruction l’a placé en détention préventive le 8 novembre pour une affaire liée à la radio Sarbacane. Il est accusé de diffusion d’une radio sans autorisation. Un jour plutôt, soit le 7 novembre, les services de sécurité investissent le siège du média et saisissent tout le matériel trouvé à l’intérieur.

Après deux demandes de remise en liberté, Abdelkrim Zeghileche retrouve sa liberté le 18 décembre dernier, mais il attend toujours la programmation de son procès.

Pour ses avocats, toutes ces affaires en justice sont d’ordre politique. Ils assurent que l’on veut le faire taire et fermer son média qui a réussi à se faire une place respectable dans le paysage médiatique local à Constantine en dépit des contraintes existantes.

Aujourd’hui, soit près de six mois plus tard, l’instruction de la deuxième affaire bien qu’elle soit clôturée, n’a toujours pas été transférée au niveau du tribunal correctionnel où elle doit être enrôlée.

Le 17 juin 2019, les avocats de Abdelkrim Zeghileche ont déposé une plainte auprès du procureur de la république contre la sûreté de wilaya pour la saisie de son matériel et qui, pour rappel, n’a toujours pas été restitué à son propriétaire.