Khaled Drareni ; Hommage à un « immortel ». Par Hassan Mebtouche

Cher Khaled,

Combien de fois j’ai promis de t’écrire? Et combien de fois j’ai failli… Combien de fois je me suis arrêté à “cher Khaled” … 250 fois, peut-être plus. 250 jours que j’y pense sans agir ! 250 jours que ces mots tournent dans ma tête et se cognent contre les parois de mon cerveau sans en sortir… Comme pour être solidaires avec toi, les mots voulaient rester emprisonnés dans mon esprit.

Par quoi commencer ? Comment s’adresser à toi ? De quelle manière ? C’est peut être tous ces questionnements qui m’ont fait prendre autant de temps… Tu sais Khaled, une fois j’ai essayé de prendre ta défense contre un quinquagénaire hystérique toujours en crise d’adolescence, qui voulait appuyer la thèse de la 3issaba, te faisant passer pour ce que tu n’es et ne seras jamais… un traître. Bien sûr, le complotiste mi canadien mi tebounien était sans arguments. Il m’avait écrit un message me précisant qu’il me répondrait prochainement…Une réponse que j’ai attendue en vain. De mon côté, et après cet « épisode », j’ai enlevé mes œillères de colère et j’ai vu ton nom et ton visage partout où je passais, et je me suis senti ridicule…

J’ai vu le peuple scander ton nom à Ifri Ouzellaguen pour la commémoration du congrès de la Soummam, et je me suis senti ridicule. J’ai vu ton nom tagué sur les murs un peu partout en Algérie, j’ai vu ton portrait sur des bâches flotter le long des immeubles des plus grandes villes du monde, et je me suis senti ridicule.

Enfin, quand j’ai vu une grande partie de mes contacts facebook mettre ton visage en photo de profil; et les dizaines de sit-in organisés en faveur de la liberté en ton nom, je me suis senti ridicule.

Khaled, ton nom est sur les lèvres de tout algérien qui se respecte, et je me suis senti si petit avec ma lettre à rafaa le fourbe, quand j’ai compris que tu es devenu un intouchable du peuple ! Un immortel, un symbole de liberté.

Sache mon cher Khaled que dorénavant tu fais parti d’une liste honorable et éternelle du récit d’un peuple hors normes, qui a bouleversé le monde et qui continuera de le faire.

Apres ta première incarcération ils t’ont menacé en te demandant tout bonnement d’arrêter de faire ton métier, et de rentrer dans le moule de la soumission, de la servilité, et du mensonge… Mais assoiffé de liberté et de vérité, tu as « récidivé » ! Tu as voulu transmettre la vérité avec courage et honnêteté ; et grâce à ta compétence et ton acharnement tu as mis a nu un système qui a choisi le despotisme et le mensonge comme religion !

Tu n’es pas en prison Khaled, tu es partout ; dans les esprits, sur les murs, accroché aux fenêtres des buildings, dans les slogans, dans des chants, sur les tee-shirts, sur les bavettes et bientôt dans les livres d’histoires …tu n’es pas en prison Khaled, tu es dans nos cœurs.