Journées du court métrage de Souk Ahras : histoires de vie

Huit films courts ont été projetés en ce premier jour de la compétition des Journées du court métrage de Souk Ahras, à la Cinémathèque de cette ville que le public n’a pas été avare de sa présence. Quatre films fiction et quatre documentaires. Ils traitent de la vie, de la mort, de l’amour, de la culture, de la femme, de la famille et de l’enfant… Autant de thématiques avec un regard neuf, qui se ressource. Un traitement jeune, du vécu. Certains réalisateurs sont à leur premier film, d’autre non. Tous ont choisi le langage cinématographique pour raconter, partager, dénoncer.

 Mémoire et réappropriation…

C’est le pivot central autour duquel a gravité le film « Je te promets » de Mohamed Yargui. Allili revient dans son village, après une longue absence. Dans l’avion, dans le taxi, sur le chemin du village, le passé remonte à la surface. Le moindre détail, le moindre élément ou objet déclenche, voire ravive la mémoire. Des fragments de souvenirs émergent et le submergent. Des flashbacks. Une sœur et son frère, petits, complices, rêvent, font des projets…. Il se rend compte que le destin en a fait autrement. Sa réussite, Allili la doit à sa sœur qui a été sacrifiée à cause des us et coutumes, parce que c’est une fille. Le film qui n’« est pas linéaire, comme affirmé par son réalisateur, permet au spectateur de se l’approprier. »

Dans un autre registre « Racont’arts » de Yazid Arhab revient sur la 10e édition d’un festival qui a pris de l’ampleur mettant en avant l’art de la parole : Racont’arts. Ce documentaire de 26 minutes donne la parole à toutes ces personnes d’ici et d’ailleurs venues de divers horizons pour un seul et unique but : préserver un art ancestral, le perpétuer et le transmettre. Ce festival, itinérant, se tient chaque année dans une des communes ou un des villages de la Grande Kabylie. D’année en année, il draine du monde. Des artistes viennent de partout pour partager et découvrir. Une belle initiative  portée par le mouvement associatif et la société civile.

Humanisme et humanité…

« Human » d’Issam Taachit (fiction) et « Newton’s Cradle » de Mustapha Alloune (documentaire) abordent l’humain mais sur des registres différents. Dans le premier c’est une immersion  dans le monde des trisomiques à travers un adolescent qui, dans un stade, se rejeter par un groupe d’enfants et se fait traiter de « Mongole » par l’un d’eux.  Loin de s’offusquer, il pense à son monde idéal. Les images défilent dans sa tête. Ce monde n’est ni magique ni impensable. Il se voit vivre comme « tout le monde ». Une vie normale sans préjugés, sans rejet. Une belle histoire d’humanisme.

Quant au second, c’est un questionnement existentiel que pose le réalisateur. Un enfant assiste, impuissant, aux perpétuelles disputes de ses parents. C’est son quotidien. Cela peut-il influer le cours de sa vie ? C’est ce que le réalisateur a développé dans son film. Un enfant est fragile. C’est comme une pâte, facilement modelable, facilement impressionnable. Les séquelles peuvent être lourdes de conséquences à court, moyen ou long terme.  Un enfant dont la vie bascule à cause de ses parents. Ces derniers, choqués que leur fils agisse de la sorte, sont atterrés se demandant pourquoi mais sans jamais se remettre en question… Une approche très psychologique sur le rapport parents-enfant.

La femme et sa ville !

« Je suis là » de Farah Abada est un documentaire qui revient sur le quotidien d’une femme : Souad Douibi. Une artiste qui se sent en rupture ban avec sa ville, sa société. Une rupture due à l’agression visuelle et verbale dont est victime la femme algérienne au quotidien. Souad se révolte est décide d’utiliser l’art comme un moyen de révolte. Ses performances artistiques intriguent, déroutent mais surtout font réagir la gent masculine qui ne comprend pas ce mode d’expression qui, pour eux, n’entre pas dans le moule de la société algérienne. A travers Souad, la réalisatrice donne la parole à toutes ses femmes qui jusqu’à aujourd’hui subissent le regard hypocrite d’une société hypocrite.

De son côté, Nesrine Dahmoun à travers son film « Alger de bas en haut » aborde également le rapport d’une jeune femme avec sa ville. A la sortie du travail et sur le chemin du retour, cette dernière sert de guide pour la suivre dans ses pérégrinations journalières. Elle pense tout haut. Elle exprime ses envies, sa vision des choses. Au final rien de particulier ni d’inconcevable. C’est comme Bridget  Jones ou Ally Mcbeal. Des rêves de femmes ou d’une personne normalement constituée, vivant dans une société « normale ». Une approche « rigolote », mais au 2e degré, atténuant un tant soit peu de cette amère réalité : être femme est devenue une « mission impossible ».

Portraits d’hommes

Dans « Nice very Nice », le réalisateur Elkheir Zidani dresse le portrait d’un homme : Didou, 88 ans. C’est une figure connue dans son quartier. Un personnage incontournable, aimé et respecté pars le voisinage. Veuf depuis plusieurs années, Didou passe ses journées à travailler la mosaïque, pour rendre hommage à son épouse qui aime ce matériau. Pour perpétuer sa mémoire. C’est une ode à l’amour. Un amour qu’il entretient quotidiennement. Il lui permet de ne point sentir la solitude et le poids du temps et de l’âge peser sur ses frêles épaules. Ce film se décline comme une preuve d’amour. La caméra suit le quotidien de cet homme qui a réappris à vivre sans sa moitié. Le travail de la mosaïque occupe ses journées. Il a transformé son appartement et l’immeuble où il vit en une œuvre d’art. Ce film est gorgé de tendresse. Sans omettre la sensibilité de Didou qui ne cache pas ses larmes. Des larmes de vie. Des larmes d’amour.

Dans le même sillage, le réalisateur Khaled Khemis met, dans son film « The Last Station », en avant un homme mais à travers son métier : Mohamed Tahar Ben Nada. Un métier très particulier, laveur de mort, qui peut étonner, voire dérouter. Pourtant, il n’est pas le seul à le pratiquer. A travers cet homme, Khaled Khemis ne veut point banaliser ce métier, mais plutôt « l’humaniser », d’une part. D’autre part, pour rappeler quand dans la vie on a beau courir dans tous les sens, au final, on finira entre les mains d’un « laveur ». C’est la dernière station avant le grand départ. Un film touchant, émouvant. Son personnage se livre. Une mise à nu sans retenue, sincère. On [re]découvre l’essence même et l’importance de ce métier et qu’au final, ceux qui le pratiquent sont des êtres humains, sensibles, qui ont un cœur.