Entretien : Pourquoi le numérique ne démarre pas en Algérie ? La réponse d’un expert

Abderrahmane Hadef est le PDG de Intelligence Vector Consulting, expert en économie, il est aussi consultant en business development.

Approché par un média spécialisé (Ntic.Dz) il évoque les raisons du retard qu’a pris le développement du numérique en Algérie qui continue d’occuper les dernières places dans les classements annuels établis par des organismes spécialisés. Il aborde aussi d’autres sujets tels que la formation du personnel algérien, les retombées du numérique sur plusieurs secteurs

« À mon avis, il existe trois contraintes majeures qui retardent le développement du numérique ou plutôt la transformation numérique en Algérie. » débutait alors le spécialiste en numérique, avant de continuer : « La première est liée au facteur humain à travers une forte résistance au changement qui est vue par certaines personnes comme une menace pour la situation de confort dans laquelle se trouvent. La deuxième est d’ordre législatif avec une réglementation peu encourageante.

Pour la troisième raison, elle est d’ordre technique avec une infrastructure moyenne à l’image de la qualité de l’Internet et de stockage ».

Abderahmane Hadef ne s’arrête pas là, pour lui il existe aussi d’autres facteurs « direct », mais que les conditions non optimales actuelles de ce secteur ne peuvent laisser paraitre : « il faut ajouter un manque en ressources humaines qualifiée malgré l’existence d’une population active dans ce domaine mais qui n’a pas atteint la taille critique pour permettre un développement réel du digital. »

Les systèmes financiers, et banquiers, encore trop archaïques, sont aussi à blâmer si on doit parler d’un éventuel avènement du numérique 4.0

« Malheureusement l’Algérie accuse du retard en ce qui concerne l’évolution des systèmes financier et bancaire qui sont directement dépendant du développement technologique plus particulièrement dans le domaine du IT.

Ce retard a influencé négativement sur le développement des services de paiement en ligne tel que le Mobil paiement. »

Signaler les problèmes est une chose, proposer des solutions en est une autre, voici les urgences à considérer selon le spécialiste, et les solutions qui vont avec :

  • La révision du cadre réglementaire pour permettre l’émergence d’une vraie industrie du numérique qui serait un préalable pour la transformation industrielle de l’Algérie pour passer vers la quatrième révolution industrielle (4.0).
  • La formation : « je pense qu’il est très important de créer ou de réhabiliter les pôles d’excellence technologique, à l’instar de celui qui existait dans la ville de Boumerdes durant les années 70 jusqu’aux années 90, avec des instituts comme l’INELEC, l’INGM, l’IAP etc…  Des instituts créés en partenariats avec des grandes universités aux USA, en Europe et qui ont formé de grandes compétences faisant le bonheur des grands laboratoires comme ceux de MOTOROLA, INTEL et bien d’autres.»
  • Encourager l’investissement dans les projets d’infrastructures tels que les Datacenters, les ISP et le Cloud.
  • Mettre en place une politique d’ouverture sur l’international pour une intégration graduelle dans la chaine de valeurs mondiale à travers la recherche d’alliance avec les Majors dans le domaine du TIC.