Drareni, le cri ‘’étouffé’’ de la liberté

Lumière tamisée, couleurs ternies, rires cousus…ô pauvre pays, votre mémoire est alourdie par les cris des innocents et les lamentations des veuves ! Ainsi fut-il pour les royaumes de l’ombre ; la lumière est aveuglante pour quiconque veut rester dans les ténèbres.

La situation des médias dans le monde arabe est préoccupante et le rôle que joue la désinformation dans la guerre politique décide de l’avenir de ses peuples. Derrière toute désinformation, il y a un jeu d’échecs où figure un roi qui ne devrait pas être capturé et autour de lui, des pions qui ne reculent devant rien, seul, le cavalier est libre de choisir son sort.

Soumission contre bénédiction, coopération-réciprocité-pardon ou la carte de la paix, le Joker utilisé par les gardiens du Temple d’or contre les nations apeurées, dont la magie a toujours fait preuve d’efficacité à travers le temps. Un ultimatum qui agit tel un philtre magique.

Servir, prêter serment à l’idéologie échiquéenne: De joueurs disparaissent, de nouveaux les remplacent…

Faudrait-il réfléchir plus attentivement à la facilité avec laquelle les citoyens peuvent être manipulés dans cet âge post-vérité. Car il existe, bel et bien, deux types de vérité: l’une motivée par les faits, l’autre par la croyance. Le récit factuel est le fondement de la démocratie; tout commentaire émotionnel peut aboutir à son effondrement. Les spécialistes de la désinformation élargissent la dissidence par des tentations, conçues pour exagérer, pour céder aux préjugés, à des notions préformées et pour éroder la capacité d’une société ouverte à un débat sobre et factuel.

Alors que les Templiers cherchent à façonner la réalité politique, les citoyens peuvent devenir si résistants, désorientés et sceptiques qu’ils cessent de faire confiance à qui que ce soit. Les dépassements ont avidement percé des trous profonds et des fissures irréparables au sein d’une société effervescente jusqu’à faire bouillir sa rage frémissante.

Nous nous réveillons chaque jour sur une nouvelle injustice traumatisante. Innombrables sont les journalistes bâillonnés, emprisonnés, réprimés par la machine inexorable du système. Chaque forme de violence qu’un politicien exerce dissimule non pas la haine, mais la peur. Le roi a toujours peur de ses sujets. Il ne peut guère prévoir leurs pas. Nous avons toujours peur de ce qu’on ignore…

Abracadabra ! Bloggeurs, reporters, journalistes, caricaturistes, artistes deviennent conspirateurs, comploteurs. ‘’Accrochez les potences !’’, écrit le roi son verdict sur son prestigieux parchemin. SILENCE… Les mères pleurent leurs héros.

Près d’une cinquantaine d’arrestations en Algérie en 2020, le motif est récurrent : dévoiler des faits, mettre au jour les coulisses de la scène politique, en rire… Un scandale national ! Une citoyenneté informée est nécessaire pour surveiller ses dirigeants.

Jeté en prison de force, Khaled Drareni est ce cavalier qui affronte la machine infernale après avoir courageusement accompli son devoir. Prométhée est maudit par Zeus pour avoir livré aux hommes la lumière du Savoir.

A tous les détenus d’opinion en Algérie et au monde arabe, n’ayez aucune crainte ! L’ouragan  gronde…

Pas étonnant que les pièces d’échecs vacillent déjà et pourraient bientôt être simplement jetées en l’air pour atterrir on ne sait où…

                                                                                                                                                  Par Emna Darwazi