Sonia Redjdal : 23 ans et déjà chef d’entreprise

Sonia Redjdal est étudiante en Chirurgie dentaire à l’Université de Constantine. A seulement 23 ans, cette jeune femme s’est lancée dans la périlleuse aventure de l’entrepreneuriat. Elle a ouvert il y a près d’une année une école de langues à Constantine, Higher Learning Center (HLC), qui compte aujourd’hui plus de 500 apprenants de tous âges.

Pour Sonia, tout a commencé avec la création il y a 4 ans d’Algerian Youth Camp (AYC), un programme de formation et d’échange qui s’étale sur 20 villes du pays dont l’objectif est l’amélioration de la vie personnelle et professionnelle de la jeunesse algérienne ainsi que l’inclusion de la jeunesse dans le développement national. Fondatrice d’AYC et ayant assuré bénévolement pendant trois ans le rôle de coordinatrice nationale du programme qui compte aujourd’hui plus de 400 participants, elle a tenté, en créant sa petite entreprise, de ne pas s’éloigner de ses domaines de prédilection : l’apprentissage, l’éducation et le développement.

Pendant quelques mois, Sonia Redjdal a tenté de réunir la somme nécessaire au lancement de son projet en travaillant notamment comme assistante marketing dans une école de langues. Elle a finalement décidé de s’associer avec deux de ses amis pour l’ouverture de l’école. Au bout de sept mois, l’affaire a si bien marché qu’elle a pu acheter les parts des ces derniers et devenir propriétaire exclusive d’HLC.

De par sa jeunesse, Sonia a rencontré un grand nombre de difficultés. « Quand les gens venaient se renseigner et apprenaient que la directrice était une jeune fille de 23 ans, ils devenaient réticents. Les parents hésitaient à me confier leurs enfants et les jeunes ne me prenaient pas au sérieux », nous a-t-elle raconté lors d’un entretien téléphonique. Aussi, du fait qu’elle manquait d’expérience dans le domaine, les procédures administratives ont été pour elle un véritable calvaire : « Je ne comprenais rien à la paperasse. Je n’avais personne dans mon entourage pour me diriger . J’oubliais souvent des documents nécessaires aux démarches et je faisais à chaque fois face à des dépenses imprévues », nous a-t-elle avoué.


La jeune étudiante a aussi tenu à nous confier l’obstacle qu’a pu représenter à ses débuts sa condition de femme : « Au lancement du projet, je restais douze heures par jour à l’école. Je sortais souvent tard et, à Constantine, une jeune fille qui se balade seule après 20h ne peut le faire sans être embêtée. Je me suis souvent faite insultée à la sortie du travail par des gens qui jugeaient que je n’avais rien à faire là ». Elle a cependant ajouté : « Pour mes démarches, en dehors de quelques réticences, je n’ai pas eu à subir une discrimination particulière. A vrai dire, j’avais déjà réuni autour de moi, au cours de mes activités antérieures, des personnes qui m’ont beaucoup facilité la tâche ».

Sonia Redjdal, toujours décidée à évoluer et à transmettre son expérience a participé à de nombreux programmes d’échange. Elle a intégré aux Etats-Unis un programme de formation en leadership, elle a participé en Roumanie à un programme de formation en public speaking (prise de parole en public), en Serbie à un programme de formation en développement personnel et au Maroc à un programme d’apprentissage dans les domaines de l’écologie et l’environnement. Aussi, la jeune femme a donné une multitude de conférences en Algérie au cours des événements TEDx, Wikistage et GeekFtour. En juin prochain, elle donnera une conférence courte (talk) à l’Université d’Oxford au Royaume-Uni.

Higher Learning Center a aujourd’hui comme partenaire l’ambassade des Etats-Unis en Algérie. Grâce à cette entente, trente étudiants d’HLC ont pu bénéficier d’une bourse d’études de deux ans pour une formation en langue anglaise et en leadership aux Etats-Unis.

Sonia avoue qu’il est très difficile pour elle de concilier sa vie professionnelle et sa vie d’étudiante : « Je calcule même le temps que je prends à me brosser les dents », nous a-t-elle dit en riant. Elle a ajouté : « Je fais partie des gens qui pensent qu’il est très facile de perdre une journée mais qu’il est tout aussi facile d’en user pour faire des miracles ».