Pourquoi une nouvelle élection Présidentielle est l’assurance de la survie du régime ?

Coup de théâtre ! Alors que l’Algérie tout entière restait suspendue aux lèvres de l’état-major, depuis que celui-ci en réunion samedi, avait réaffirmé la nécessité d’appliquer l’Article 102 de la constitution et sa connaissance du fait que l’Algérie et l’ANP étaient l’objet d’un complot émanent selon ses propres mots de « parties malintentionnées », la nouvelle que personne n’attendait a été l’annonce d’un nouveau gouvernement Bedoui.

Exit Lamamra et sa tournée à l’étranger, qui a été perçue à juste titre comme une volonté d’internationaliser la crise. Mais confirmation de Gaid Salah à son poste de vice-ministre de la défense nationale. Celui-là même qui haussait le ton les jours précédents, en sommant l’exécutif de quitter le pouvoir pour préserver la stabilité nationale, conserve finalement son maroquin. Comment le comprendre, si ce n’est que Présidence et armée ont finalement convenu de s’entendre sur la composition du nouveau gouvernement. TSA rapporte que selon ses informations, un compromis aurait été passé entre le pôle présidentiel et l’armée. Bouteflika devra démissionner tandis que Bédoui reste Premier ministre.

La confirmation du fidèle Nordine Bedoui a surement pour but de protéger après leur départ du pouvoir, les intérêts du Président et de sa famille. En effet le peuple demande des comptes, mais le régime prévoyant aura donné en échange, le jour même de la nomination du nouveau gouvernement, un Ali Haddad honni, victime expiatoire idéale.

Si le Président démissionne, le nouveau Président selon l’article 102 de la Constitution serait Abdelkader Bensaleh actuel Président du Sénat. Le même qui en 2016 déjà, appelait à un cinquième mandat pour Bouteflika. L’Algérie aurait donc à sa tête deux fidèles de la fratrie Bouteflika, Abdelkader Bensaleh et Nordine Bedoui pour préparer si l’on reste dans le cadre de la constitution de 2016, une nouvelle élection présidentielle sous trois mois.

En réalité le régime est en train de faire de la constitution une planche de salut pour lui-même et pour les Algériens un piège.
L’Algérie a une constitution mais celle-ci n’a jamais été respecté par le système. La dernière nomination de Tayeb Belaiz en tant que Président du Conseil Constitutionnel en est une des preuves les plus récentes. Cet entêtement à vouloir respecter une loi fondamentale illégitime et plus que perfectible, est à l’origine du blocage dans lequel se trouve le pays. Comme si l’Etat algérien ne survivrait pas une vacance constitutionnelle de quelques mois. Car si les institutions du régime actuel sont mauvaises et impopulaires, l’Etat lui dans ses compétences régaliennes fonctionne normalement, la sécurité des biens et des personnes est assurée, les marchés sont achalandés, éducation et santé fonctionnent à leurs manières habituelles, et rien n’indique que tout cela s’effondrerait si cette constitution de 2016 qui n’a jamais été respectait ne le soit pas à nouveau.

Mais le piège réside justement dans la peur que le régime a réussie à distiller, semaine après semaine, sur le vide institutionnel et la rupture de légalité que créerait une sortie du cadre constitutionnel. Une fois que le peuple aura accepté de respecter une constitution sur laquelle, il n’aura jamais eu à se prononcer pour sa promulgation, le régime pourra comme il s’apprête surement à le faire, annoncer de nouvelles élections présidentielles.

Toutes les véritables questions, telles que : l’état de droit, la réformes des institutions, une nouvelle constitution, le FLN au Musée où même la sanction des partis ayant participé à l’aventure du 5eme mandat avorté, tout cela se perdra dans le brouhaha de la campagne et sera remis à après la présidentielle. L’unité des Algériens nés dans la ferveur du mouvement populaire, s’effacera devant les divisions engendrées par des candidatures multiples. Chaque Algérien pensant que son candidat est la meilleure solution pour le pays.

Entre temps Nordine Bedoui aura surement fait jeter en pâture quelques hommes d’affaires véreux en guise de boucs émissaires. Le régime pourra alors dévoiler une nouvelle figure, qui se présentera en candidat libre et qui à coup sûr gagnera les élections présidentielles. Le nouveau Président annoncera bien sur quelques réformes symboliques qui se perdront en commissions et autres rapports.

Mais finalement les Algériens qui rêvaient d’une seconde république n’auront droit qu’à un régime dans sa version numéro 2.