Nous sommes le 22 !

5 mois déjà. Et le sentiment d’avoir vécu 5 ans. 5 ans de combat et d’émotion.
Plus rien ne doit désormais nous laisser retomber dans ce que l’on était : sujets démobilisés et victimes consentantes.
Très euphorisés, nous ne pouvons pas non plus considérer que « tout arrivera » parce que « cela devait arriver ». Le combat doit se durcir. Et d’une seule manière : par plus d’engagement de chacun. C’est extrêmement important ! Les marches du mardi (coordonnées par les étudiants, mais non exclusives) comme celles du vendredi sont essentielles. Nous devons tous y participer autant de fois que cela est possible. Cette pression a été porteuse d’un bouleversement aussi inattendu qu’exceptionnel. Lorsque, de manière didactique, nous listons ce que ces manifestations ont fait obtenir et lorsque nous mesurons jusqu’à quel point elles ont ébranlé « le système », on tombe des nues. Ne diminuons rien de ce que les 22 marches ont apporté, de ce qu’elles entretiennent ou provoquent encore.
Toutefois, bien entendu, 5 mois après, il nous faut désormais prolonger l’élan du 22 Février.
Le Ramadhan, l’été, la chaleur de l’été, la C.A.N…Tout pouvait laisser penser que la mobilisation faiblirait. Mais, il n’en est rien ! Les marches du Ramadhan ont été un succès national. Elles ont, à elles seules, fait la démonstration que ceux qui ont déclenché la révolution entendaient bien avoir enclenché un véritable processus et pas uniquement un « mouvement » comme le mal nommé Hirak (ou Harak) peut encore le laisser prétendre (j’invite du reste tous ceux qui le voudront bien à abandonner ce terme qui ne correspond en rien ni à ce que nous avons l’habitude de dire, ni à ce que nous sommes ne train de faire). L’importation de cette expression (ou encore l’entretien de celle-ci par tous, volontaires ou involontaires) participe de ce qui nous interpelle 5 mois après le début de ce combat pour la Liberté que des millions d’Algériens sont fiers d’avoir initié.  Je ne crois pas, pour ma part, à « la grande manipulation » à l’origine de la révolution. J’ai bien pris conscience de la maturité de notre peuple et de sa large capacité à avoir saisi, seul, tout le ridicule et l’injustice d’une situation. Et j’ai noté sa détermination à « sortir du cadre » qui n’a plus rien à y faire, coûte que coûte. Je peux en revanche très bien imaginer les efforts de beaucoup pour aujourd’hui tenter de récupérer ce qui existe, de l’affaiblir et, à terme, de le faire disparaître. Alors que le spectacle des « arrestations-stars » tire à sa fin et que les derniers soubresauts d’une opération « règlements de comptes » permettront sans doute encore d’observer que d’autres mafieux seront jetés en prison, je suis contraint d’admettre que le pouvoir est plutôt bien arrimé à ses acquis et les défend plutôt bien. Le temps joue en sa faveur. Mauvais stratège, il a besoin de « s’essayer » à plusieurs reprises avant trouver le bon angle. Et parfois, il fait mouche. « Le coup du drapeau » a plutôt bien fonctionné, par exemple. La multiplication des prisonniers d’opinion le sert bien aussi. Pour une seule raison, d’ailleurs : elles sont plutôt bien « acceptées ». Pour tout dire, j’étais convaincu que l’arrestation de Bouregaa provoquerait un tollé ! On touche à ce à quoi on a perfusé les Algériens depuis 57 ans : la reconnaissance éternelle aux chouhadas et aux anciens moudjahidines… Et pourtant, l’homme est toujours en prison. Savoir désormais que tout le monde peut se faire arrêter sans être assuré de déclencher un large courant de solidarité a véritablement créé un climat de terreur qui n’encourage pas à aller plus loin, plus fort. Et comment en vouloir à quiconque ? Les « rois du monde de l’Algérie », les joueurs de football de l’équipe nationale n’ont-ils pas eux-mêmes décidé de ne prendre aucun risque ? Saisir l’évènement de la Coupe d’Afrique, dans un contexte aussi historique, pour signifier son attachement à la liberté de tous les siens et son souhait d’un changement radical de système politique aurait été digne de ce collectif adoré des Algériens ! Comme quoi, accordons-nous d’avoir souvent été aussi les champions d’Afrique du « loupé le coche » … Un peu comme lorsque le coach Belmadi se loupe en annonçant prévoir de « rentrer en France » pour consulter son oculiste car il n’a rien vu en Egypte qui témoigne d’un quelconque soutien à notre équipe nationale. Il a vraiment raté (mais sans doute n’y a-t-il même pas pensé) une belle occasion de valoriser qui nous sommes, où nous sommes et ce que nous y faisons…
Oui, tout est politique. Plus que jamais.
Aujourd’hui, nous sommes le 22 et demain se tiendra la 22ème marche des étudiants à Alger. Si vous le pouvez, saisissez-là comme un moyen de vous convaincre que s’engager, lorsque l’on est nombreux, rassure et assure…la Victoire.
Daoula Madania wa la Askaria.