Merci monsieur Trump !

En reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël, Donald Trump a asséné un nouveau coup de poignard au peuple palestinien. Pourtant, si on évite de réagir subjectivement, il devient possible, en analysant froidement la situation, de trouver du positif à la décision historique du président américain. Et ce, pour de multiples raisons.

1. Cette décision devrait permettre à tous ceux qui se bercent d’illusions de se rendre compte, enfin, que le « processus de paix » israélo-palestinien est une impasse totale. Celui-ci était mort-né, tué il y a longtemps par les dirigeants israéliens eux-mêmes. Aujourd’hui, il est enterré par les Etats-Unis qui n’ont jamais été ses parrains, mais simplement les complices d’Israël. Plus vite les peuples de la région, leurs Etats et leurs forces politiques s’en rendront compte et mieux ils se porteront car les illusions perdues sont gages d’avenir.

2. Le mythe de la solution à deux Etats a vécu. La décision de Donald Trump vient couronner un processus de colonisation permanente de ce qui restait des territoires conquis par Israël en 1967 pour enlever toute base objective à l’existence d’un Etat palestinien à Gaza et en Cisjordanie. Là aussi, illusions perdues sont gages d’avenir. L’union de toutes les organisations de résistance palestinienne est urgente autour du mot d’ordre historique de Palestine laïque et démocratique abandonné par l’OLP au cours du « processus de paix ».

3. La décision de Trump redonne une place centrale à la question palestinienne, place qu’elle avait perdue depuis plusieurs années du fait de l’impasse dans laquelle elle se trouvait et des multiples conflits et crises qui ont secoué les pays du monde arabe depuis 2011.

4. Cette place centrale signifie que la question palestinienne constitue de nouveau le facteur principal de polarisation politique dans tout le Grand Moyen-Orient, région qui s’étend de la Mauritanie au Pakistan et de la Turquie au Yémen. Cette polarisation n’a aucun fondement ethnique. Elle n’est ni religieuse (chiites/sunnites, juifs/musulmans et chrétiens, athées/croyants…), ni linguistique (arabophones, kurdophones, berbérophones…), mais politique. C’est toute la terre de Palestine qui est sacrée et inviolable et pas seulement El Qods. Et c’est parce qu’elle est colonisée que cette terre est sacrée pour tout Palestinien, mais aussi pour tout être humain libre qu’il soit croyant ou non, musulman, chrétien, juif ou bouddhiste…

5. Cette polarisation accélère la reconstitution des deux camps antagoniques dont les frontières n’avaient jamais vraiment disparu, mais qui s’étaient quelque peu estompées du fait de la victoire de l’impérialisme occidental au début des années 1990 puis déplacées avec les guerres en Syrie, en Irak et au Yémen. Plus que jamais aujourd’hui, deux camps se font face et s’affrontent au sein du Grand Moyen-Orient. Il y a, d’un côté, le camp de l’ordre impérialiste régional constitué des grandes puissances occidentales, au premier rang desquels les Etats-Unis, d’Israël et des régimes et courants réactionnaires du monde arabe, avec à leur tête l’Arabie Saoudite. De l’autre côté, le camp de la résistance à cet ordre impérialiste se compose des résistances nationales de Palestine, du Liban, de Syrie, d’Irak, du Yémen, de Bahreïn et du Sahara Occidental, des mouvements démocratiques et sociaux (syndicats, mouvements, partis politiques…) et des régimes qui refusent de se soumettre à l’ordre impérialiste (Liban, Syrie, Irak, Iran…).

La position de l’Algérie

1. Le gouvernement algérien a dénoncé, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, la décision américaine qu’il a qualifiée de « violation flagrante des résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité et de la légalité internationale [… qui] remet en cause toute possibilité de relance d’un processus de paix depuis trop longtemps à l’arrêt. Cette décision fait peser, en conséquence, de lourdes menaces sur la paix, la sécurité et la stabilité d’une région névralgique déjà fortement meurtrie. » Le communiqué « en appelle à la nation arabe, à la umma islamique et à la communauté internationale dans son ensemble à se mobiliser pour le respect des droits nationaux du peuple palestinien et du statut international de la ville Sainte. »

2. Autrefois à la tête de Front de la fermeté face au sionisme, à la réaction arabe et à l’impérialisme, le gouvernement algérien se veut désormais consensuel car respectueux de la « légalité internationale ». Or, le respect de cette dernière implique aujourd’hui, dialectique oblige, d’affronter politiquement les puissances voyous qui violent leur propre légalité. L’Algérie indépendante n’a jamais déclaré la guerre aux Etats-Unis. Mais elle les a affrontés plusieurs fois sur les plans politique et économique pour soutenir la lutte des peuples colonisés et dominés, en Palestine, au Vietnam, en Afrique et en Amérique latine. Elle n’hésitait pas alors à affronter les monarchies et les régimes réactionnaires comme celui de Sadate en Egypte.

3. Le gouvernement algérien d’aujourd’hui ne peut plus rester au milieu du gué. Il doit choisir clairement s’il est pour ou contre l’ordre impérialiste régional. Vouloir rester en bons termes avec tout le monde pour ne pas s’aliéner la sympathie des grandes puissances et de la réaction arabe emmenée par l’Arabie Saoudite ne peut mener qu’à l’indignité et à la défaite. Washington et Ryad exigent que l’on soit avec eux et ils n’auront aucun scrupule à châtier ceux qui auront pris une position tiède à leur égard.

4. Le gouvernement algérien ne peut faire moins aujourd’hui que d’exiger des régimes arabes qui ont noué des relations diplomatiques avec Israël de rompre celles-ci. Il ne peut faire moins que de demander aux Etats de l’Organisation de la Conférence islamique de rompre également avec Israël. Cela concerne en premier lieu la Turquie qui, par la voix d’Erdogan, avait promis de rompre diplomatiquement avec Israël si Trump reconnaissait Jérusalem comme capitale de l’entité sioniste. L’Algérie ne peut faire moins que de convoquer l’ambassadeur des Etats-Unis pour lui exprimer son opposition à la décision américaine. Ces réactions relèvent du minimum syndical sur cette question. D’autres mesures plus en osmose avec les convictions du peuple algérien pourraient être prises (rappel de l’ambassadeur algérien aux Etats-Unis, suspension de la coopération dans certains domaines, appel au peuple algérien à manifester sa solidarité avec le peuple palestinien…). Mais il est peu probable que le gouvernement adopte des mesures aussi « extrêmes », même si elles ne violent pas la sacro-sainte légalité internationale…

5.Sans illusion sur la position « centriste » de notre gouvernement qui entend avoir de bons rapports avec tout le monde (le loup et l’agneau), les citoyens algériens, les organisations syndicales, politiques, les différents mouvements doivent adopter des positions fermes contre les Etats-Unis et prendre toutes les initiatives possibles pour éclairer notre peuple quant aux natures impérialiste des Etats-Unis, colonialiste de l’Etat d’Israël et réactionnaire de l’Arabie Saoudite et des mouvements takfiristes qui lui sont liés (Qaida, Daech, Nosra…). Il s’agit de reconstruire dans notre pays, le courant anti-impérialiste qui plonge ses racines dans notre mouvement national et dans notre lutte de libération, mais qui s’est retrouvé en lambeaux depuis la victoire, dans le monde et en Algérie, des forces néolibérales soumises au capitalisme international.

Il revient en particulier aux forces politiques de gauche, ainsi qu’à tous les anciens militants non organisés et à tous les nouveaux militants de ce courant politico-idéologique qui émergent de forger les instruments de lutte nécessaires à la reconstruction de ce camp anti-impérialiste dans notre pays et de le doter d’une direction politique conséquente.