« Matwalmouche » du Théâtre d’El Eulma : un regard critique sur une société en perte de valeurs

Mise en scène par Chawki Bouzid et d’après le texte d’Ali Nacer, cette pièce de théâtre, un duo, est regard critique mais triste également sur une société en perte de valeurs.

« Matwalmouche » (Ils ne vont pas ensemble) est l’histoire de Safia (Delhoum) jeune fille de conditions sociales très modestes, qui n’a pour seules richesse que sa beauté et sa jeunesse. Elle épouse Salem(Abdelwahab Redaouna) qui a l’âge de son père. C’est un haut fonctionnaire de l’Etat. Sa situation précaire, la disparition de son frère et de son jeune fiancé ont eu raison d’elle et l’ont jeté dans le bras de cet homme sans scrupule, qui marche sur les cadavres pour atteindre ses objectifs.

A travers ce duo, le metteur en scène Chawki Bouzid mit en avant les trois » interdits » autour duquel gravitait l’essence même de la pièce à savoir le sexe, la religion et la politique. Des interdits qui minent la société. Car la vie conjugale est construite sur ça et surtout sur le mensonge.

Se voulant une fenêtre ouverte, voire le miroir cassé qui reflète cette société sclérosée, la pièce de théâtre, tragico-comique, sans censure aucune, aborde la corruption politique et la corruption financière, la répression de la liberté d’expression… Si Safia n’hésite pas à exprimer, haut et fort, son dégoût, sa haine envers son époux et tout le sérail dans lequel il gravite, Salem, lui, avance son amour fou et aveugle pour elle comme argument. Il l’aime donc tout est permis pour la garder auprès de lui. Il n’hésite devant rien. L’argent « coule à flot ». Et pas que…

C’est dans une scénographie épurée (Makhloufi Abdeslam), minimaliste que les deux comédiens évoluent. Ils portent bien la pièce. Leur jeu, aux antipodes, est leur force. Chacun porte l’autre. Chacun complète l’autre. Ils ne sont pas l’unique « duo » dans cette pièce. Le metteur en scène, pour aboutir sa vision, a opté pour le rouge et le noir. « Ce sont deux couleurs qui ne se marient pas. Si le rouge exprime le sang et la colère, le noir est l’assassin des couleurs. Ajoutez-le au rouge, ce dernier perd de son intensité, vire… », a expliqué Chawki Bouzid.

Enfin, comme à chaque générale, un hommage a été rendu à la fin de la représentation au comédien Mourad Guerchouch. Le choix de la personnalité artistique ne revient pas à la direction du Théâtre régionel d’El Eulma, mais à la troupe qui y prépare sa pièce de théâtre.