Maison des Djebra : massacre du 1er mai 1956, 62 ans après

Le 1er mai 1956, l’armée française a encerclé la maison de la famille Djebra dans le village de Tamaasit à Tizi Ouzou à l’Est d’Alger et a tué six moudjahidins et trois civils. Aujourd’hui, 62 ans après les faits, Kamel Djebra, petit fils du propriétaire de cette maison le martyr Hand Djebra, partage avec nous l’histoire de sa famille.

Le mardi 1 mai 1956, pendant le mois de ramadan à 6h du matin, une femme se réveille dans le village de Tamaasit et découvre que sa maison est encerclée par des militaires français. Un cercle d’hommes armés de mitraillettes d’un périmètre d’environs 300 mètres avec la maison de la famille Djebra en son centre.

Pendant la nuit précédente, son mari, Lounès Djebra, qu’on appellait « El Baz » autrefois, avait accueilli chez lui 16 combattants de l’Armée de libération nationale. Lui aussi était un homme de l’ALN mais il se déplaçait souvent entre le village et le maquis et n’avait pas encore été découvert par les renseignements. Sa maison devait être pour quelques jours un point de relais pour les combattants.

La femme apprend à son époux que la maison est encerclée et que l’opération est vouée à l’échec. Elle lui demande s’il reste une possibilité de fuite pour les combattants mais ils pensent tous qu’il est trop tard pour envisager cette éventualité.

« La maison abritait six combattant et 12 enfants, 3 femmes et mon grand-père Hand Djebra. Les tirs ont commencé vers 7h15 du matin environs », nous raconte Kamel Djebra, le fils de Lounès.

L’affrontement

L’affrontement est inévitable. Les militaires français bouclent le périmètre du quartier d’Idjelghathen dans lequel se trouve la maison de pierre. A l’intérieur, des combattants, des enfants, des femmes et le père de Lounès, Hand.

A la mi-journée, les militaires français ont déjà tué cinq combattants. De leur coté, les mouadjahidins ont pu atteindre le capitaine français et quelques soldats. Le combat monte en puissance au décès du capitaine. Hand, le grand-père, décide de sortir à ce moment pour s’enquérir de l’état de ses boeufs. Il est atteint par les balles à l’instant où il quitte la maison.

« Quand il l’ont tué, ma grand-mère est sortie, elle s’appelait Kessi Malha. Elle a refusé de rester dans la maison et a insisté pour aller voir son mari, et ils l’ont tué elle aussi juste aprés », nous raconte Kamel.

Le Rebelle

Les moudjahidins sont sur le point de poursuivre le combat même si l’issue leur parait inéluctable. L’un d’entre eux intervient. Il convainc les autres de fuir en leur assurant qu’il les couvrira. « Je l’appelle Le Rebelle », nous dit Kamel.

Il se place dans une pièce qui dispose de petites fenêtres et se met à tirer en rafale pour faire croire aux militaires français qu’il y a plus d’un combattant dans la pièce. Les autres moudjahidins arrivent à fuir par le champ voisin et les familles se cachent dans une autre pièce pendant que Le Rebelle fait diversion.

كمال جبرى

Les militaires français parviennent à capturer deux moudjahidins et à en blesser deux autres. Les autres combattants poursuivent leur fuite. La chambre dans laquelle se tient Le Rebelle qui se déplace de fenêtre en fenêtre pour tirer est bombardée.

Le combat est fini. 9 morts, 6 moudjahidins et 3 civiles. La première à entrer dans la maison est une vieille du village. Elle ne s’attendait pas à trouver des survivants. Les militaires français entrent par la suite et se contentent de prendre les dépouilles des combattants.

Histoire personnelle – Histoire collective

Kamel Djebra, qui nous raconte l’histoire 62 ans après les faits, nous raconte que son père est allé visiter la maison une ou deux nuits après la bataille pour voir les cadavres des siens avant leur enterrement.

Kamel se tait un instant pour poser une question qui restera certainement sans réponse : « Les traîtres qui ont vendu les moudjahidins, qu’ont-ils gagné ? »

Il nous raconte que son père a vécu jusqu’après l’indépendance de l’Algérie. Il est décédé en 1998. Kamel et sa famille ont décidé de mener une campagne au niveau du quartier d’Idjelghaten, de la commune d’Aghrib et de la wilaya de Tizi Ouzou pour l’édification d’une stèle en mémoire aux martyrs de ce 1er mai 1956.

Il est vrai que son père Lounès Djebra n’assistera pas à l’édification de cette stèle et il est vrai que Kamel n’a pas assisté aux événements qu’il tient tant à raconter. Il a hérité l’histoire de ce massacre de son père et de sa famille mais il y a un lien fort qui lie tous ces faits entre eux et en fait une seule et même histoire, individuelle et collective, ses détails renaissant au fil du temps.

D’après un texte original de Salah Badis