L’étau européen se resserre autour du régime iranien

Malgré les cris d’orfraies déclenchés par le retrait américain de l’accord nucléaire avec le régime iranien, l’Europe fait une pause dans son pas de deux avec Téhéran. Le partenaire iranien lui ayant marché sur les pieds à plusieurs reprises, l’Union européenne se tourne désormais vers la fermeté de Washington.

2018 aura connu plusieurs faux pas iraniens sous la forme de tentatives d’attentats directement reliées au ministère du Renseignement iranien, le Vevak.

Un terrorisme débridé

Une tentative d’attentat en mars 2018 contre l’opposition démocratique iranienne, les Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI/MEK) à Tirana où la majorité des membres ont été accueillis après leur transfert d’Irak sous l’égide de l’ONU et du HCR. Résultat : l’ambassadeur iranien et le responsable du renseignement ont été expulsés d’Albanie le 20 décembre.

30 juin 2018, une autre tentative d’attentat à Villepinte en France contre un rassemblement de dizaines de milliers d’Iraniens et de centaines de personnalités d’Europe, d’Amérique et du Moyen-Orient. La coopération de plusieurs services de contre-terrorisme occidentaux le neutralise et met à jour que le réseau s’activait en France, en Allemagne, en Autriche, en Belgique et au Luxembourg. Les conséquences sont multiples : arrestations en Belgique d’agents et en Allemagne d’un diplomate du régime iranien actuellement écroués à Bruxelles. Expulsion de France de deux diplomates et gel de leurs avoirs.

En octobre, la police danoise neutralise un complot visant à assassiner des opposants iraniens sur son territoire. Les Pays-Bas ont également été le terrain d’action du Vevak qui a fait des victimes en 2015 et 2017. Début 2019, l’Allemagne arrête un espion dans l’armée allemande qui agissait pour le compte du régime iranien.

La réaction européenne

Ces menées ont conduit l’Union européenne à adopter à l’unanimité des sanctions contre l’Iran. Le Quai d’Orsay a annoncé le 8 janvier 2019 que « le Conseil de l’UE a décidé d’inscrire sur la liste européenne des personnes, groupes et entités impliqués des actes de terrorisme, une entité et deux individus responsables de l’organisation d’un projet d’attentat contre un rassemblement de l’organisation des Moudjahidine du peuple iranien, déjoué le 30 juin 2018 à Villepinte ». Le quai d’Orsay ajoute qu’il s’agit de « ne pas laisser sans réponse une action hostile et inacceptable perpétrée sur le sol européen ».

L’Allemagne vient d’interdire le 21 janvier à la compagnie aérienne Mahan, liée directement aux gardiens de la révolution, d’atterrir sur son territoire. Mahan sert au transport de troupes, d’armes et de fonds pour des groupes terroristes inféodés à Téhéran au Moyen-Orient. Comme l’a dit le porte-parole du gouvernement allemand Steffen Seibert, « il n’est pas exclu que cette compagnie aérienne puisse également transporter vers l’Allemagne des marchandises qui menacent notre sécurité. C’est basé sur la connaissance des activités terroristes passées de l’Iran en Europe. »

Un changement radical

Le terrorisme du régime iranien existe depuis que Khomeiny s’est emparé du pouvoir après le renversement du chah en 1979. L’ayatollah en a fait un des piliers de sa théocratie. C’est l’Europe qui commence à changer en délaissant la politique de complaisance qui ne lui a rien rapporté. Car c’est bien avec la levée des sanctions après l’accord nucléaire et sa manne de millions de dollars que les mollahs ont réactivé le terrorisme en Europe.

L’autre changement c’est qu’en Iran même, la population ne cesse de protester avec plus de 9300 manifestations répertoriées par les réseaux de la résistance. Les soulèvements affichent le désir des Iraniens de changer de régime. Isolée sur le plan intérieur et la scène internationale, la théocratie actionne ses leviers de violence. 30 exécutions dont six en public au mois de janvier et ce terrorisme débridé en Europe.

Pour stopper ces velléités funestes, il faut resserrer l’étau autour du régime iranien. La dirigeante de l’opposition Maryam Radjavi conseille notamment d’inscrire l’ensemble du Vevak sur la liste du terrorisme et d’en expulser les agents d’Europe et des Etats-Unis. Mais à ses yeux, cela ne suffit pas. Il faut prendre en compte deux facteurs, dit-elle. Le premier est de renvoyer devant le conseil de sécurité de l’ONU le bilan tragique des violations des droits humains en Iran. Ensuite de reconnaitre le droit du peuple iranien à résister pour instaurer la liberté.

Le 8 février à Paris, les Iraniens de la diaspora manifesteront pour revendiquer ce droit et appeler l’occident à davantage de fermeté contre le terrorisme des mollahs et la répression cruelle en Iran.

Gageons que le sommet international qui se tiendra à Varsovie les 13 et 14 février prendra en compte le désir ardent des Iraniens de vivre libres et le grand avantage du fait qu’ils possèdent une alternative organisée et soutenue, dotée d’un programme démocratique et d’une direction qui a fait ses preuves.