La sitcom “Dakious et Makious” censurée

Nabil Asli et Nassim Haddouche (Dakious et Makious), très proches du public algérien, ont annoncé hier jeudi, soit la veille du premier jour du mois sacré de Ramadan, la suspension “inexpliquée” de leur sitcom à succès “Dakious et Makious”.

Très populaires parmi les algériens, les deux personnages sont devenus ces deux dernières années une partie intégrante de la vie des citoyens, mêmes les enfants, grâce notamment à leurs répliques devenues virales, telles que : “Ya khoya ya khoya“.

Ce sont aussi d’excellents comédiens qui ont réussi à s’imposer dans le milieu de l’audiovisuel. Des séquences de leur show ont été reprises par le “VAR”, un concept sur les réseaux sociaux, inspiré de l’Assistance vidéo arbitrage pour rapporter des faits et propos qui ne sont pas souvent “authentiques”, ce qui amuse la toile et va jusqu’à la rendre accro à ses punchlines.

Aujourd’hui, j’ai contacté l’un d’eux, à savoir Nabil Asli, acteur et scénariste, pour qu’il m’en dise plus. Il m’a aussi envoyé la bande-annonce de la série comique, arrêtée pour des raisons encore inconnues. Voici ses déclarations :

• Nous sommes vraiment étonnés et déçus, nous ne pensions même pas que nous allions être suspendus.

• Nous savons qu’il y a des choses qui peuvent déplaire mais pas au point que notre sitcom tant apprécié par le public algérien, ici et à l’étranger, soit censurée.

• Nous avons parlé de “Issaba” (la bande), mais de manière artistique, sans aucune mauvaise intention. En connaissance de cause, nous nous sommes même adaptés à la réalité des choses, prenant nos dispositions durant le tournage et l’écriture du scénario de sorte, justement, à ne pas être censurés.

• Je souligne encore une fois que le tournage et la conception de cette nouvelle saison ont été faits bien avant les élections présidentielles et l’élection du président Abdelmadjid Tebboune (six mois avant), scénario que personne n’a encore lu, alors comment et sur quelles bases l’annulation de la diffusion du programme a-t-elle été décidée ?

• Le président Abdelmadjid Tebboune, premier chef de ce pays, est-il au courant que nous avons été censurés, sait-il qui est à l’origine de cette censure ? Nous nous interrogeons et souhaiterions avoir des réponses à nos questions. Et contrairement à ce qui a été rapporté, nous n’avons jamais songé à viser la personne du chef de l’État.

• Dakious et Makious font de la prison dans certains épisodes, ça allait être vraiment réaliste, car c’est notre rôle en tant qu’artistes, mais surtout drôle.

• Je m’interroge aussi sur le rôle de quelques personnes du domaine (concurrents) : ont-elles toujours de l’influence politique ou pas ?

• Moi je dis qu’Il y a aussi une “Issaba” dans le domaine artistique, pas seulement politique .

• En faisant ça, c’est comme vouloir nous salir, car censurer un programme pourrait signifier aux yeux de l’opinion publique qu’il y a quelque chose de négatif. Pourquoi salair des réputations et tout le temps crier aux complots ?

• C’est la troisième fois que je suis victime de censure en tant qu’acteur et scénariste.

• Nous sommes réellement déterminés à lire la réponse à ce blocage brusque, par le biais d’un communiqué, de la part du ministère de la Communication.

• Je veux vraiment savoir qui nous a arrêtés : je me sens méprisé dans cette nouvelle Algérie, ainsi que les quelques 40 comédiens qui nous ont accompagnés : qui va les payer et pourquoi sont-ils privés tout comme nous de dévoiler leurs talents de comédiens et comédiennes ?

• Je peux vous avancer une estimation d’au moins 15 millions de téléspectateurs au minimum qui nous attendaient cette année, surtout avec le confinement. Je le constate sur le terrain, on m’interpelle dans toutes les villes et régions que j’ai visitées.

• Les gens m’attendaient aussi dans le feuilleton “Mashaer”, que nous avons du interrompre à cause du coronavirus.

• Nous avons déployé de gros moyens pour Dakious et Makious, avec comme nouveauté, le rôle de Pablo Escobar (de la très connue série télévisée américaine Narcos) et le public allait vraiment se régaler.

• Cela n’avait absolument rien à voir avec ce qui a été insinué ici et là (sur les réseaux sociaux). L’art n’a pas de limites et l’interrompre au moment où l’on fait la promotion d’une Algérie nouvelle, libre et démocratique, est encore plus grave que la censure elle-même.