La révolution de 1979 : le triste bilan du régime islamiste en Iran

Au 40e anniversaire de la révolution de février 1979 en Iran, qui a vu basculer la dictature monarchique, le déclin du régime islamiste semble d’ores et déjà amorcé. À la lumière des manifestations et des grèves continues et sans précédent dans le pays, une économie en déclin (inflation de 40%), un isolement régional et international grandissant et l’imposition de sanctions américaines massives, le statu quo paraît intenable et le régime a beaucoup plus de mal à maîtriser la situation.

L’aspect le plus déterminant en 2018 aura été la poursuite des manifestations contre le régime. La vague de protestations qui a débuté fin 2017 et qui s’est étendue à plus de 170 villes a ébranlé la théocratie. Le mouvement s’éternise pendant 2018 et change de forme à nos jours – grèves, manifestations et parfois des émeutes dans des villes de province -, malgré une forte répression, des arrestations en série et de longues peines de prison pour les manifestants comme l’indique Amnesty International dans un récent rapport « Iran : l’année de la honte ».

La base sociale des manifestants s’élargit à l’armée des affamés s’ajoutent les routiers, les agriculteurs, les enseignants, les ouvriers non payés, les épargnants spoliés, les retraités, ou les commerçants du bazar. Le taux de chômage estimé à au moins 40%, dépasse les 50 % pour les jeunes. L’immense majorité des Iraniens vivent en‑dessous du seuil de pauvreté, même si l’Iran reste un pays riche, doté de ressources importantes d’hydrocarbures.

L’économie iranienne est en chute libre. La monnaie nationale, le rial, a perdu environ 75 % de sa valeur ces huit derniers mois. Selon Steve Hanke, professeur d’économie appliquée à l’Université Johns Hopkins, le prix des produits de première nécessité a augmenté de plus de 110 % l’an dernier.

Ceci en dépit du fait que le régime a pu exporter jusqu’à 2,7 millions de barils de pétrole par jour jusqu’à il y a peu, avant les sanctions mises en place le 6 juillet. A cela s’ajoute environ 100 milliards de dollars d’actifs dégelés. Où chercher les causes ?

Bien avant les sanctions, les raisons de l’effondrement économique sont ailleurs. D’abord dans les choix du régime. La part du lion du budget du gouvernement Rohani est allouée à l’appareil de répression interne et au financement de la guerre, des milices et des groupes terroristes, à l’étranger. Par exemple, de 12 à 15 milliards de dollars par an sont consacrés au soutenir le régime d’Assad dans le massacre de son peuple.

La corruption et le détournement de fonds est une autre cause du désastre économique. Quatorze holdings financiers contrôlent presque tous les aspects de l’économie iranienne, et ces avoirs sont tous contrôlés par le Chef suprême ou ses Gardiens de la révolution.

Dans ces conditions, les sanctions internationales pourront, davantage fragiliser le régime, en étouffant sa capacité à financer la répression et en mettant un frein à ses visées expansionnistes à l’étranger. Une centaine d’entreprises basées en Europe se sont retirées du marché iranien à la suite du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien en mai dernier.

Visiblement très inquiètes pour leur avenir, les autorités se lancent dans une fuite en avant.  Le 2 février Téhéran a testé un missile de croisière d’une portée supérieure à 1.350 km. L’Iran développe une douzaine de types de missiles qui inquiètent les Occidentaux.

Autre signe d’inquiétude : la monté du terrorisme d’Etat contre les opposants sur le sol européen. « Le Conseil de l’Union européenne a décidé à l’unanimité des Etats membres, d’inscrire sur la liste européenne des entités impliquées dans des actes de terrorisme, une entité et deux individus responsables de l’organisation du projet d’attentat contre un rassemblement de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple iranien (OMPI), déjoué le 30 juin 2018 à Villepinte », a annoncé le 8 janvier le ministère français des Affaires étrangères. Le principal mouvement d’opposition iranienne était la cible d’autres projets d’attentats en Europe pour lesquels des diplomates iraniens ont été arrêtés ou expulsés. Un indicateur de plus qui démontre la crainte grandissante du régime à l’égard de son opposition.

« Plusieurs milliers de partisans d’un groupe d’opposition iranien en exil ont défilé vendredi à Paris pour demander la fin du régime des mollahs iraniens 40 ans après la révolution islamique, qui a renversé la monarchie iranienne ».

La diaspora iranienne attend de la communauté internationale et de la France en particulier, l’adoption d’une politique ferme face à Téhéran qui tiendrait compte des aspirations des Iraniens qui ne cessent de descendre dans les rues du pays pour réclamer un changement de régime, après 40 ans d’une dictature islamiste.

*Nader Nouri est un ancien diplomate iranien basé à Paris et secrétaire général de la Fondation d’Etudes pour le Moyen-Orient (FEMO).