Khaled Drareni, le choix de la dignité

Lors d’une nouvelle intervention télévisée, le président Abdelmadjid Tebboune a affirmé que le cas de Khaled Drareni « n’est pas une affaire lié à la presse». Une déclaration du premier magistrat du pays qui intervient quelques jours après le pourvoi en cassation introduit par le journaliste.

Par Tarek Hafid

Le président Abdelmadjid Tebboune a une nouvelle fois évoqué l’affaire Khaled Drareni lors d’une rencontre télévisée avec la presse, diffusée dans la soirée du dimanche 20 septembre. Si les éléments de langage ont changé, l’esprit reste le même. Pour le locataire du palais d’El Mouradia, le journaliste Khaled Drareni n’est plus ce «khabardji (indicateur) qui a été se plaindre dans une ambassade» mais plutôt «chakhss (un individu)» dont l’emprisonnement «n’est pas une affaire liée à la presse». «On ne peut juger un pays où il y a 8500 journalistes et dire qu’il n’existe pas de liberté d’expression à cause d’une personne. C’est de l’excès», a-t-il soutenu. On serait presque tenté d’imaginer que l’emprisonnement d’un journaliste n’est rien face aux 8500 professionnels qui travailleraient dans la plus totale liberté et dans le confort. Khaled Drareni devrait donc accepter sa peine, ses parents ravaler leur tristesse et faire profil bas.

Aussi, pour le président Tebboune, la référence en matière de liberté de la presse en Algérie, ce n’est pas le droit à l’information, le renforcement de la notion de service public, le nombre d’enquêtes journalistiques ou encore les fonds destinés au soutien à la presse mais plutôt une bien étrange unité de mesure : «le quotidien tiré dans une imprimerie de l’Etat (qu’il ne paie pas) avec du papier subventionné par le Trésor public, qui bénéficie de la publicité institutionnelle et qui critique les gouvernants». En Algérie, il y a 180 titres quotidiens de ce genre qui vivent au dépend de l’Etat avec l’argent des contribuables. Le tableau dépeint une situation dramatique.

En réalité «l’excès» en matière de liberté d’expression c’est d’arrêter un journaliste durant l’exercice de son métier, de le maintenir plusieurs jours en garde-à-vue, de triturer son dossier, de l’accuser «d’incitation à regroupement non-armée et d’atteinte à l’unité du territoire national» et enfin de le condamner à trois puis à deux années de prison ferme. Et c’est en toute conscience que Khaled Drareni a décidé d’introduire un pourvoi en cassation devant la Cour suprême pour contester la décision de la cour d’Alger du mardi 15 septembre. Se sachant innocent, il épuise la dernière voie de recours que lui offre le droit algérien. Loin des commentaires proférés sous les ors de la République, dans la solitude de sa cellule, Khaled Drareni a juste fait le choix de la dignité.