Ipsos : comment la jeunesse de la région MENA perçoit la politique de ses dirigeants ?

Dans une interview accordée au magazine français l’opinion et publiée le 29 avril 2018, le directeur du département Tendances et Prospective de la société française de sondage Ipsos, s’est exprimé à propos de Trend Ops MENA, une étude prospective inédite qui analyse les tendances émergentes, les comportements, les drivers de vie et de consommation de demain au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

L’étude a été réalisée dans cinq pays différents : l’Algérie, le Maroc, la Turquie, l’Iran et l’Arabie Saoudite.

A propos du rapport à la politique de la jeunesse urbanisée de la région MENA, Thibaut Nguyen décrit beaucoup de colère. Il rapporte un sentiment de découragement général. La jeunesse se sent abandonnée et impuissante face aux fléaux qui gangrènent leurs sociétés à l’exemple de la corruption.

En Arabie Saoudite, la politique du prince héritier Mohamed Ben Selmane reste bien perçue.  « La tonalité générale est très positive : l’argument du renouveau économique et de la modernisation est repris par la jeunesse, qui se range derrière ce jeune leader charismatique et hyperactif », dit le spécialiste à propos de la jeunesse saoudienne. Le conflit armé actuel avec le Yémen fait peur à cette jeunesse mais elle n’ose jamais critiquer la politique extérieure menée par Mohamed Ben Selmane.

En Iran et en Turquie, la jeunesse vit le rapport avec ses gouvernants comme un « un divorce d’avec des gouvernements perçus comme freinant les velléités d’accomplissement individuel ». Selon Thibault Nguyen, la jeunesse turque reste « clairement opposée au président Erdogan ». « Beaucoup se sentent étrangers dans leur pays, et souhaitent soit s’exiler, soit le retour d’un Mustafa Kemal Atatürk, le héros national fondateur de la république », ajoute-t-il.

En Egypte, la jeunesse a peur de la censure. Ils gardent un léger optimisme quant aux projets de modernisation économique d’Al Sissi mais « pour l’heure, ils admettent que la situation économique est mauvaise, et le quotidien très difficile, et ils redoutent une hausse de la conflictualité avec les pays voisins ».

A propos du Maroc et de l’Algérie, le pessimisme règne selon Nguyen. La jeunesse est perdue entre des modèles très différents, entre tradition et modernité même si les jeunes semblent moins souffrir au Maroc qu’en Algérie.