Interview de Leila Zerrougui, Cheffe de la MONUSCO

Pour sa première interview depuis son entrée en fonctions en février dernier en tant que Cheffe de la MONUSCO (Mission des Nations unies en République démocratique du Congo), Leïla Zerrougui livre ses impressions et sa vision de la situation en RDC et parle de ses objectifs pour parvenir à une paix durable dans toute la sous-région. Consciente de la responsabilité de diriger la plus grande mission de maintien de la paix dans le monde, la diplomate algérienne est déterminée à aller au bout de son mandat.

Leïla Zerrougui, le magazine Jeune Afrique a établi un classement des 50 personnalités les plus influentes du continent africain. Vous en faites partie. Quel est votre niveau d’influence en Afrique?

J’ai été honorée de faire partie de ce classement. J’ai toujours été une personne active, soucieuse de faire les choses de mon mieux, et transmettre les messages qu’il faut à ceux qui ont le pouvoir.

Ce sont les Etats qui détiennent le pouvoir, c’est eux qu’il faut convaincre. Notre travail à nous consiste à rassembler tous ceux qui peuvent contribuer à changer les choses et aller de l’avant, mais aussi gérer au mieux les difficultés rencontrées aujourd’hui sur le terrain, comme la crise économique, les épidémies. J’essaye de faire de mon mieux, et si je parviens à améliorer les choses c’est tant mieux.

Vous êtes de retour en République démocratique du Congo (RDC). Avant d’occuper le poste de Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU pour le sort des enfants en temps de conflit armé, vous avez occupé le poste de Représentante spéciale adjointe du secrétaire général et adjointe au chef de la MONUSCO (2008-2012). La situation en RDC a-t-elle changé depuis?

Je reviens après cinq ans, et le contexte est différent aujourd’hui que ce qu’il était en 2011. Et à l’époque aussi il y avait des élections nationales qui sont un enjeu majeur. Aujourd’hui, le contexte est aussi très difficile, avec des conflits, sans oublier les épidémies.

Le contexte est donc extrêmement sensible. J’ai vu aussi des progrès, des choses se sont améliorées comme Kinshasa la capitale qui s’est modernisée. Des réformes ont été menées au sein de la police et le travail de l’armée s’est aussi amélioré. La RDC est le deuxième plus grand pays d’Afrique, et sa population de 80 millions d’habitants est répartie sur tout le territoire avec neuf pays voisins. C’est ce qui montre que le travail de terrain n’est pas facile.

Vous êtes native de Souk-Ahras comme Saint Augustin qui pensait que certaines guerres peuvent être justes. Y a-t-il des guerres justes selon vous ?

Je suis une pacifiste, je n’aime pas les appels à la guerre. La guerre c’est la destruction. Mais parfois pour défendre les femmes, les enfants et les personnes vulnérables nous devons utiliser notre mandat en tant que Nations-Unies. Et dans ces cas, nos forces sont obligées d’agir contre des groupes armés car c’est la seule réponse que nous pouvons donner à ces parties. J’ai personnellement la responsabilité d’agir dans ces cas précis, et il m’arrive de prendre des décisions pour mettre fin à ces attaques.

Lors de votre premier briefing an Conseil de sécurité de l’ONU, vous avez déclaré que la situation sécuritaire s’est détériorée. La situation s’est-elle améliorée?

La situation humanitaire est la conséquence directe des conflits qui font rage actuellement à l’Est du pays. La population déplacée est très importante, on estime à 800.000 le nombre de réfugiés congolais présents actuellement dans les pays voisins de la RDC. La RDC pour sa part accueille 500.000 réfugiés venus des pays limitrophes comme le Burundi et le Sud-Soudan. Les frontières sont peuplées, des communautés entières sont liées dans chaque pays. Il faut un travail sérieux et constant pour améliorer leurs conditions de vie et pour faciliter leur retour en toute scéurité.

Accepteriez-vous de revenir en Algérie pour des fonctions importantes si on vous le proposait ?

Mais je reviens très souvent en Algérie, j’y étais d’ailleurs en mars dernier. J’ai même contacté l’Ecole de la magistrature pour étudier les possibilités de reprendre l’enseignement. Si mon pays a besoin de moi, je suis disponible. Mais je n’ai pas de prétentions particulières.