Fermeture de la salle « Zinet » : leçons culturelles sur l’Algérie au profit glorieuse nation Kazakhstan

Cette semaine, le ministère de la Culture a pris la décision de fermer la salle de cinéma Mohamed Zinet située dans le complexe de Riad El Feth à Alger pour une durée d’un mois, du 29 mai eu 29 juin 2018. Cette fermeture a suivi la publication d’un article par El Bilad.net  où il a été dit qu’un film « de l’actrice pornographique Pamela Anderson » avait été projeté dans cette salle lors de la seconde semaine du mois de Ramadan et que ce film avait été présenté aux « clients » sans autorisation.

Contacté par Casbah Tribune, Sofiane Khodja, gérant de la salle, nous a appris que le film « Borat » (2006), un documentaire parodique britannique-américain de Larry Charles avec Sasha Baron Cohen, a été projeté non pas en projection commerciale mais dans le cadre des activités du ciné-club « Cinuvers »que la salle accueille. Les spectateurs n’ont pas payé pour regarder le film.

Selon Sofiane Khodja, la salle « Zinet » est une salle de « cinéphiles » et n’a jamais été une salle commerciale. Elle a aidé un grand nombre de ciné-clubs à poursuivre leurs activités associatives et culturelles. Aussi, beaucoup de films du nouveau cinéma algérien, à l’exemple de « En attendant les hirondelles » de Karim Moussaoui » et « Kindil El Bahr » de Damien Ounouri, y ont été projetés.

« Nous ne possédons pas systèmes de projection numérique. Nous ne pouvons pas projeter les nouveau films qui entrent en Algérie et qui sont soumis aux licences de projection. De plus, il y a un seul distributeur de films en Algérie. Imaginez, en pleine décennie noire, il y en avait plusieurs. Aujourd’hui l’unique distributeur travaille avec quatre ou cinq salles qui disposent de systèmes numériques et qui sont presque toutes situées dans la capitale ».

Sofiane Khodja a rappelé que les films du box-office projetés dans les autres salles n’avaient pas leur place à la salle « Zinet », nommée ainsi en hommage au regretté réalisateur algérien Mohamed Zinet, auteur de « Tahya Ya Didou » (1971). « Zinet » est une petite salle réservée au cinéma d’auteur et au cinéma expérimental. « Dans tous les pays du monde, il existe ce genre de salles », a déclaré le gérant. « Ici, il n’y a malheureusement personne pour distribuer ce genre de films. Ne disposant pas de licences, nous ne pouvons les projeter lors de séances commerciales. En ce qui concerne les séances programmées par les ciné-club, ce sont des séances non commerciales dont le but est de visionner le film puis de débattre autour de ce dernier comme c’est le cas pour tous les clubs d’amateurs d’ici et d’ailleurs », a-t-il ajouté.

Pour ce qui est de « Borat », c’est un film parodique qui nous fait suivre les aventures de Borat (Sasha Baron Cohen), un journaliste kazakh, aux Etats-Unis. L’objectif de Borat est de filmer un documentaire autour de la culture américaine au profit de « glorieuse nation Kazakhstan ». Le film a été interdit de vente et de distribution dans plusieurs pays. Aux Etats-Unis, il a été déconseillé aux spectateurs de moins de 17 ans, et ce, car la parodie de la vie moderne américaine y atteint son paroxysme allant souvent jusqu’à choquer.

A sa sortie, le film avait provoqué la colère du gouvernement kazakh qui l’a considéré comme une insulte envers son peuple. Le film avait également choqué les associations féministes et les associations juives américaines. Seulement, dans ces pays, il a été interdit dans le cadre des projections commerciales et non dans le cadre des activités de ciné-clubs.

Le plus étonnant c’est qu’il est possible d’acheter ce film dans n’importe quelle vidéothèque d’Algérie comme des centaines d’autres films qui se vendent légalement, dans des magasins agréés et non sur les trottoirs.

D’après un texte original de Salah Badis.