Dominique de Villepin (ancien Premier Ministre français) : « l’heure est à l’apaisement sur la colonisation »

L’ancien premier ministre français Dominique de Villepin a animé hier mardi une conférence de presse à l’Ecole supérieure des Affaires d’Alger.

Lors de cette conférence ayant pour thème « Réconcilier les silences : donner sa parole pour la paix », de Villepin a évoqué la relation entre l’Algérie et la France appelant à réconcilier les silences entre les deux pays : « Algériens et Français,  nous devons regarder les choses en face, les regarder en face pour pouvoir rêver d’une relation apaisée  qui soit  à la hauteur de notre histoire. Un silence sépare malheureusement toujours nos peuples et nos mémoires. Les silences de la guerre d’indépendance ont hanté nos mémoires respectives car ils ont inscrit jusque dans nos chaires la violence de la séparation».

L’ancien Ministre des affaires étrangères a en outre estimé que l’heure était à présent à l’apaisement : « l’heure est à l’apaisement sur la colonisation, apaisement d’une mémoire prête à reconnaitre les crimes commis comme l’a fait ici même Emmanuel Macon lorsqu’il était encore candidat et comme l’avait fait François Hollande avant lui en offrant une reconnaissance publique nécessaire aux victimes du 17 octobre 1961 tout autant qu’à celles de Sétif en août 1945 ».

« Nous n’avons pas besoin de bavardages ou de mots creux sur la mémoire coloniale »

Dominique de Villepin a suggéré la création d’une institution commune permettant  de récolter les témoignages de ceux qui ont connu la période coloniale : «Réconcilier les silences c’est aller au bout de ce qu’il y a à se dire, c’est tout d’abord donner la parole aux témoins et ainsi à l’histoire. Aujourd’hui, nous n’avons pas besoin de bavardages ou de mots creux sur la mémoire coloniale, nous avons besoin de paroles claires et fortes. Peut être cela suppose-t-il de se doter d’une institution commune pour accueillir les témoignages d’une génération qui est en train de disparaître et d’emporter avec elle la part vivante de cette mémoire, c’est promouvoir une histoire orale de l’Algérie ».

L’ancien Premier ministre a aussi appelé à la réconciliation des Algériens, des Harkis et des Pieds noirs à travers des gestes tels que «  la levée de l’obligation de visas » pour ces personnes « qui continuent d’aimer l’Algérie et souhaiteraient s’y rendre, peut-être une dernière fois, avant que leur génération ne s’efface à jamais », a-t-il expliqué.

« L’heure est au retour de la parole algérienne »

Enfin, Dominique de Villepin, a appelé à un retour de la parole algérienne sur la scène internationale : « « L’heure est au retour de la parole algérienne, à la sortie progressive du silence », a-t-il  affirmé avant de poursuivre : « Il faut que la voix de l’Algérie, cette voix singulière du refus de la guerre et du refus de l’ingérence, porte de nouveau dans le monde arabe. On a besoin d’entendre l’Algérie sur la Libye, sur le Yémen mais aussi sur la question syrienne. Aujourd’hui et demain, son expérience pourrait être primordiale, elle qui a su surmonter les épreuves d’une nation et d’un tissu social déchirés par la guerre civile ».