De façon volontaire ou pas, pourquoi la valeur du Dinar ne cesse de se déprécier ?

Même si l’euro flambe face au dinar, la demande reste importante, au square port Saïd à Alger centre, marché au black de toutes les devises, les gens veulent toujours investir, surtout ceux qui ont de grandes sommes d’argent en dinar qui dorment. Il y a ceux qui se préparent à l’ouverture des frontières, et ceux qui ont toujours voulu épargner en euro plutôt qu’en dinar, surtout avec la rareté de la liquidité dans les banques et la poste et qui dure depuis des mois », alors la demande augmente, et la valeur de l’euro aussi.

La valeur du dinar cependant continue à dessiner une courbe descendante et ce depuis des décennies, entre 1990 et aujourd’hui, la valeur du dinar a été divisé par quinze.

Depuis près de deux mois, le marché des devises, officiel et informel, atteint des records. En parallèle à la chute de la monnaie algérienne, un euro s’échange, fin décembre, à près de 220 dinars sur le marché informel (et peut monter à 240 DA début 2021), et, officiellement selon la Banque d’Algérie, à 161 dinars.

Le marché informel suit de près la courbe de la dévaluation du dinar opérée par les autorités. La loi de finances 2021 table, en effet, sur une dépréciation progressive du dinar sur trois ans : un taux de 142 dinars pour un dollar américain en 2021, 149,71 dinars en 2022 et 156 dinars en 2023.

« Il s’agit en fait d’une poursuite de la dévaluation du dinar destinée depuis ces dernières années à gonfler les recettes fiscales pétrolières par effet de change », fait remarquer le quotidien Reporters. Les rentrées pétrolières chutent alors que les dépenses publiques, selon la loi de finances 2021, sont en augmentation de 10 %. « Ces dévaluations ne sont pas faites, comme il est de tradition, pour attirer les investisseurs et favoriser les exportations hors hydrocarbures, mais seulement pour doper le budget de l’État par l’effet de la conversion en dinars des recettes pétrolières libellées en dollars », regrette l’économiste Nordine Grim.

« Grâce à ce gonflement artificiel des recettes budgétaires, le gouvernement algérien pourra en effet, sans trop de difficultés, payer ses trois millions de fonctionnaires, les transferts sociaux et autres soutiens des prix de produits de large consommation. Il pourra également continuer à dépenser sans compter pour maintenir son train de vie », poursuit l’expert.

Cette politique monétaire impactera aussi le tissu productif ainsi que les ménages. Selon le quotidien El Khabar, le souci est que « la monnaie nationale demeure gérée administrativement afin de réaliser des objectifs à très court terme ».

Ce sont les entreprises de production qui subissent de plein fouet les méfaits de la dévaluation volontaire du dinar par rapport à l’euro et au dollar, car ces opérateurs importent les matières premières à l’international et paient leurs fournisseurs en devises automatiquement, les pertes au change de ces entreprises seront reportées sur le prix de vente des produits finis, et supportées par le citoyen, acheteur final.

 

Sources : Liberté, El Khabar, Le point, Office nationale des statistiques.