Création du comité national de soutien à khaled drareni

Des journalistes et les avocats de la Défense du journaliste Khaled Drareni ont tenu une conférence de presse au siège de SOS Disparus, aujourd’hui 12 aout. Les intervenants que sont les avocats Zoubida Assoul et Abdelghani Badi ainsi que les journalistes Mohammed Sidoummou et Mohamed Iouanoughene ont annoncé la création du comité national de soutien à Khaled Drareni après sa condamnation par le tribunal de Sidi M’hamed à 3 ans de prison ferme le 10 aout. Ce comité est ouvert à toute la corporation de journalistes, les associations, les citoyens qui souhaitent se mobiliser pour la libération de Khaled Drareni.

Le procès d’un journaliste
« Nous vivons des jours tristes pour le journalisme algérien. La condamnation du journaliste Khaled Drareni à 3 prison ferme est sans président et contredit tous les discours du pouvoir qui évoque une nouvelle ère pour la presse algérienne, une liberté sans limite. Cette condamnation démontre qu’il s’agit de paroles mortes », déclare Mohammed Sidoummou, journaliste au quotidien d’El Khabar. «Khaled Drareni a été arrêté, emprisonné et jugé en sa qualité de journaliste. Tout ce qui s’est déroulé est anticonstitutionnel et illégal puisque l’article 51 de la constitution interdit l’emprisonnement d’un journaliste », ajoute-t-il. Le journaliste Mohamed Iouanoughene a rappelé que les questions posées à Khaled Drareni lors de son procès étaient directement liées à l’exercice de sa profession. « Si nous laissons passer ce dépassement, nous devrons nous plier à l’avenir à d’autres restrictions dans l’exercice de notre métier (…) La préservation de la liberté de la presse est un enjeu de société car elle implique le droit des citoyens à accéder à l’information ».

Les dessous de l’affaire Drareni

Zoubida Assoul est revenue sur le déroulement du procès où le journaliste Khaled Drareni, accusé « d’atteinte à l’unité nationale » et « incitation à attroupement non armé ». « Le dossier du journaliste a pris une autre tournure lorsque le chef de l’Etat, l’a qualifié d’espion. Nous nous sommes rendus compte de cette orientation lorsque le juge d’instruction chargé de questionner Khaled Drareni, l’a questionné sur des faits n’ayant aucun rapport avec le dossier », explique l’avocate. «Nous avons demandé, en tant que défense, de se restreindre au dossier. Le jour du procès, nous étions surpris de constater que la juge, dans ses questions, était sortie du dossier… A travers cette conférence, nous, les avocats de la défense tenons à éclairer l’opinion publique sur les dessous de l’affaire», poursuit-elle.

Quant à lui, Me Abdelghani Badi a mentionné les pressions externes dans la décision de justice rendue. Selon lui, la télévision nationale avait invité un procureur de la République qui avait déclaré qu’aucun journaliste algérien ne se trouvait en prison. « Nous avons conctacté le directeur de la télévision et nous lui avons rappelé que l’article 147 du Code pénal affirme que les actes, paroles et écrits publics ont pour but de faire pression sur les décisions des magistrats tant qu’une affaire n’est pas irrévocablement jugée », explique-t-il.

Communiqué du Comité national de soutien à Khaled Drareni

Le journaliste Khaled Drareni a été condamné à 3 ans de prison ferme le 10 août 2020 par le tribunal de Sidi M’hamed . Les avocats de la défense ont fait appel de cette décision. Khaled Drareni était poursuivi dans ce dossier 453 avec deux autres co-inculpés, Samir Belarbi et Slimane Hamitouche, pour les deux mêmes chefs d’accusation : incitation à attroupement non armé et atteinte à l’unité nationale. Le rapport de police judiciaire et l’acte d’accusation ne comportaient rien qui permette de soutenir de telles qualifications pour les trois prévenus arrêtés lors de la marche du Hirak du 07 mars 2020. Le procès a montré l’absence totale d’éléments à charge pour soutenir que les prévenus ont incité à l’attroupement ou porté atteinte à l’unité nationale. Le verdict aurait du, en toute conséquence, accéder à la demande de relaxe des avocats. Le tribunal en a décidé autrement. Il a condamné Samir Belarbi et Slimane Hamitouche à des peines fermes inférieures à la période de détention provisoire afin de préserver la décision politique de leur libération du 02 juillet dernier. Il a agit avec Khaled Drareni comme s’il était jugé pour d’autres faits, pour une autre affaire, non évoquée lors de l’audience du 03 aout. Pourtant, sa défense était des plus facile. La marche débutait à 200 m de son domicile de la rue Didouche Mourad. Il est sorti en assurer la couverture comme il l’a toujours fait depuis le 22 février 2019.
Khaled Drareni a été condamné à trois ans de prison parce qu’il était devenu impossible à l’appareil de la justice algérienne d’assumer en toute indépendance sa relaxe après l’interférence présidentielle à charge dans ce dossier le 02 mai dernier. En affirmant, sans le nommer, lors d’une rencontre de presse, que Khaled Drareni était khardji (un espion) et qu’il s’était rendu directement à une ambassade étrangère après avoir été libéré par les services de sécurité, le président Tebboune a prononcé sa condamnation de fait. La vérité est qu’il n’existe aucune allusion à de tels faits dans le dossier d’inculpation de Khaled Drareni. Il s’agit d’une invention malveillante colportée au sommet de l’Etat au but de justifier l’incarcération d’un des plus grands professionnels indépendants, qui a résisté des mois durant aux intimidations des services de sécurité afin qu’il renonce à sa couverture du mouvement populaire. Cette intrusion, sans précédent à ce niveau de l’Etat, dans une procédure judiciaire en cours a empêché le droit de s’exprimer dans un pays ou la décision de justice obéit à l’exécutif et au sécuritaire.

La condamnation de Khaled Drareni a provoqué un choc dans l’opinion algérienne. Elle a soulevé l’indignation de larges pans des citoyens mobilisés dans le Hirak pendant plus d’une année et pour lesquels Khaled Drareni incarne un témoin fidèle de leur sursaut salvateur et l’espoir d’une presse libérée. Elle a relancé une campagne mondiale jamais égalée en solidarité avec un citoyen algérien frappé par une brutale injustice, un journaliste reconnu par ses pairs. Elle a trainé l’Algérie devant les instances internationale en charge des droits humains. C’est une énorme faute politique. Elle ne doit pas se poursuivre un jour de plus. Il est urgent de sortir de l’engrenage du 02 mai 2020. Khaled Drareni doit être réhabilité. Il doit comparaitre libre à son procès d’appel, tout comme ses deux co-inculpés. La cour doit juger les éléments du dossier et rien d’autre. Le salut pour les institutions et l’image de l’Etat passe par là.