25 juin 1998 – 25 juin 2018 : 20 ans que Matoub Lounès n’est plus

Le 25 juin 1998, il y a de cela vingt ans, a été assassiné l’auteur, compositeur et interprète algérien Matoub Lounès à Thala Bounane dans la wilaya de Tizi Ouzou.

Né le 24 janvier 1956 à Taourirt Moussa, Matoub Lounès a été à l’origine de 28 albums en 20 ans de carrière. Artiste engagé, il a milité durant de nombreuses années pour la cause identitaire amazigh, pour la démocratie ainsi que pour la laïcité en Algérie, luttes qui ne manqueront pas de nourrir l’animosité des islamistes et du pouvoir politique en place à son égard.

Valse avec la mort

Plus d’une fois, Matoub Lounès a échappé de justesse à la mort. Le lendemain des manifestations du 8 octobre 1988, il est atteint par cinq balles tirées par un gendarme alors qu’il se rend à Ain El Hammam pour distribuer des tracts appelant à une grève générale de deux jours. En 1991, il est poignardé par son voisin. Le 29 juin 1994, une bombe explose non loin de lui lors de la marche organisée à Alger pour exiger la vérité sur les circonstances de l’assassinat du président Mohamed Boudiaf. En septembre 1994, il est enlevé par un groupe armé non loin de Tizi Ouzou avant d’être relâché après 15 jours de détention sous la pression du peuple.

25 juin 1998

Le 25 juin 1998, le véhicule de l’artiste est pris dans une embuscade. 78 impacts de balles sont identifiés. Matoub Lounès est touché par sept balles. La nouvelle de sa mort provoque des manifestations de grande envergure en Kabylie.

Quelques heures après cet assassinat, Nordine Aït-Hamouda, alors député du RDC, intervient dans plusieurs médias internationaux (France Info, LCI) pour affirmer que les assassins sont les islamistes du GIA, thèse défendue par les autorités. Malika Matoub, la sœur de Lounès, déclare sur France 3 : « La question ne se pose pas. Ce sont les islamistes. C’est le GIA. »

Deux personnes, Medjnoun Malek et Chenoui Mahieddine, sont poursuivies par le tribunal criminel de Tizi Ouzou pour participation et complicité dans l’assassinat de Lounès Matoub et placés en détention préventive. Ils ne sont condamnés qu’en juillet 2011 à 12 années de réclusion criminelle, durée couverte par leur détention passée. Il sortent de prison durant l’année 2012.

En juillet 1998, Malika Matoub est revenue sur ses premières déclarations et a déclaré ne pas exclure la possibilité qu’une manipulation d’une frange du pouvoir soit à l’origine de l’attentat.

Vérité en attente  

Le 24 juin 2018, dans un communiqué, la Fondation Matoub a dénoncé une paresse ambiante des autorités dans le rétablissement de la vérité sur cet affaire : « Impuissante à établir les faits dans le respect des lois et des principes fondamentaux du droit, la justice sous influence a servi d’écran de fumée aux manipulations de l’ombre qui ont instrumentalisé la violence dans les luttes claniques du sérail. Une instruction bâclée. Une reconstitution du crime dans laquelle le ridicule le dispute à l’approximation. Des témoins clés jamais convoqués ».

Dans une interview accordée à TSA et publiée le 25 juin 2018, le caricaturiste algérien et ami de longue date du chanteur Ali Dilem a déclaré : « Quant à son assassinat, franchement, je ne me suis jamais posé la question sur celui ou ceux qui l’ont tué. Je pense que tout le monde sait qui l’a tué, mais on attend quand même que tout cela soit acté par une décision judiciaire claire, parce que ne restera que la vérité judiciaire ».

Symbole

A l’occasion du 20ème anniversaire de sa mort, sur de nombreux médias locaux et internationaux, les hommages ont fusé. Des témoignages d’amis, des hommages d’internautes et de journalistes, tous ont tenu à rappeler le symbole d’engagement et de liberté d’expression qu’était Matoub Lounès. « C’était un homme qui était dans la rectitude plus que tous ceux que j’ai connus, intellectuellement très honnête et à l’engagement solide », en a dit Ali Dliem. Un grand homme doublé d’un grand artiste qui a su crier fort malgré les baillons et les balles, un pilier de la culture algérienne, une idole pour la jeunesse du pays.

« Toutes les souffrances algériennes sont miennes, parce que c’est sur le pays entier que s’est abattue l’ombre de la mort. Si demain la lumière à nouveau renaît, cela sera l’œuvre de tous les Algériens enfin réunis contre le mensonge et les divisions savamment entretenues.

C’est l’Algérie tout entière qui est menacée, mais cette Algérie meurtrie affaiblie du Nord au Sud, d’Est en Ouest continue pourtant à brandir le drapeau de l’honneur et de la dignité, l’histoire saura rendre hommage au courage et à l’incroyable abnégation de ces algériens face à la mort », a-t-il déclaré en mars 1995 alors que lui était décerné, au Qubec, le Prix de la liberté d’expression.